Une dynastie musicale

Le nom du grand danseur et chorégraphe Vakhtang Chaboukiani est connu dans le monde entier. Pourtant, presque personne ne sait que l’un de ses parents de sang — son petit-neveu — vit à Ottawa. Il est donc temps de faire connaissance avec celui qui perpétue cette remarquable dynastie musicale.

Shalva Chaboukiani est né et a grandi à Tbilissi. Dès sa plus tendre enfance, il a été entouré de musique. Son légendaire parent, il ne le connaissait pas seulement par les récits familiaux. « Diamant du ballet », « roi des airs », « magicien de la danse » — tels étaient quelques-uns des surnoms donnés dans le monde du ballet à ce prodige géorgien — Vakhtang Chaboukiani restait pourtant très simple dans ses relations avec sa famille.

Vakhtang Chaboukiani fut le premier artiste de ballet soviétique à recevoir le titre d’Artiste du peuple de l’URSS. Après avoir terminé sa carrière de danseur, il occupa pendant 23 ans le poste de directeur de l’École chorégraphique de Tbilissi, qui porte aujourd’hui son nom.

Shalva se souvient que toute la famille était extrêmement fière d’un parent aussi illustre et parlait toujours de lui avec beaucoup d’affection. Contrairement à de nombreux artistes célèbres de son époque, Vakhtang Chaboukiani disposait d’une datcha d’État et d’une « Volga » noire avec chauffeur, dans laquelle il arrivait aux réunions de famille.

Leur dernière rencontre eut lieu lorsque Shalva avait 15 ans. Vakhtang Mikhaïlovitch offrit alors au fils de sa nièce son propre livre, La Magie de la danse, écrit en géorgien, accompagné d’une dédicace personnelle également rédigée en géorgien.

La grand-mère de Shalva jouait du violon dans l’orchestre de l’Opéra national de Géorgie. Son petit-fils préféra cependant un autre instrument et devint altiste professionnel. L’alto ressemble à un grand violon, mais son timbre est plus profond, chaud et velouté.

Shalva obtint un diplôme de baccalauréat au Conservatoire d’État de Tbilissi, puis partit vivre en Israël. C’est dans un camp d’été de l’Université de Tel-Aviv qu’il rencontra sa future épouse, Natalia, fille du célèbre compositeur soviétique Valentin Bibik, lauréat de concours internationaux et membre de l’Union des compositeurs de l’URSS.

Natalia Bibik commença son éducation musicale dès l’âge de cinq ans dans la classe préparatoire de la célèbre école de musique de dix ans de Kharkiv. Après l’avoir terminée, elle choisit le département de musique de chambre du Conservatoire de Saint-Pétersbourg, où elle étudia pendant cinq ans. Comme son futur mari, elle partit ensuite pour Israël et poursuivit ses études musicales à l’Université de Tel-Aviv, où elle obtint une maîtrise en interprétation musicale.

Natalia et Shalva se marièrent. Leurs trois enfants sont nés à Tel-Aviv, où Natalia enseignait dans une école de musique tout en se produisant en concert. Shalva, quant à lui, consacrait l’essentiel de son temps au travail en orchestre. Historiquement, l’alto est surtout utilisé comme instrument d’orchestre et d’ensemble, et l’une de ses principales fonctions consiste à créer une base sonore riche et solide.

En 2018, la famille Bibik-Chaboukiani s’installa à Ottawa. C’est le désir de nouveauté qui les conduisit au Canada.

Une fois installée au Canada, l’infatigable Natalia — mère de trois enfants et pianiste de très haut niveau — décida de poursuivre encore sa formation musicale au Conservatoire royal de Toronto.

Au cours des huit dernières années, Natalia a donné plus d’une centaine de concerts à Ottawa, et lors de nombreux programmes, la musique de son père a été interprétée. Ses œuvres continuent d’ailleurs d’être jouées dans de nombreux festivals internationaux, ce dont Natalia est particulièrement fière.

En plus de son activité de concertiste, dont la préparation demande énormément de temps, Natalia est également une professeure de piano très recherchée.

Percevoir le monde à travers la musique est un état tout particulier. Les musiciens semblent posséder une capacité unique à entrer en harmonie avec le monde qui les entoure, car ils connaissent beaucoup de choses sur l’harmonie elle-même.

Ottawa a la chance d’avoir été choisie comme lieu de vie par des musiciens héréditaires d’un tel niveau. Et nous, habitants de cette ville, avons le privilège de pouvoir découvrir leur art et de nous en rapprocher.

Marina Kochetova