IE contre IA
Pourquoi l’empathie protégera-t-elle mieux votre carrière qu’un nouveau diplôme ?
Il n’y a pas si longtemps, l’intelligence artificielle semblait appartenir à l’univers des films de science-fiction. Aujourd’hui, elle rédige des courriels professionnels, propose la structure d’un plan d’affaires, traduit des textes, écrit du code informatique et aide les médecins à analyser des images médicales, le tout en quelques secondes.
Il n’est donc pas étonnant qu’une question inquiétante revienne de plus en plus souvent : « Une machine va-t-elle me remplacer ? »
« Je crois que, dans un monde où l’intelligence artificielle sera abondante, ce qui deviendra rare, ce sera la véritable intelligence et les qualités humaines telles que l’empathie. »
— Satya Nadella, PDG de Microsoft
Les connaissances professionnelles demeurent indispensables. Cependant, leur « durée de vie » diminue : ce que nous avons mis des années à apprendre peut désormais être transformé par un algorithme en une fonction facilement accessible.
Ainsi, le principal avantage concurrentiel n’est pas nécessairement un diplôme supplémentaire, mais plutôt la capacité de travailler efficacement avec les autres.
L’intelligence émotionnelle (IE) — la capacité de comprendre ses propres émotions et celles des autres, de maîtriser ses réactions, d’établir des relations de confiance et de trouver un terrain d’entente — devient une véritable assurance pour sa carrière.
Ce qui manque à l’intelligence artificielle
L’IA peut reconnaître les mots, les intonations de la voix et même les expressions du visage. Mais reconnaître ne signifie pas comprendre véritablement comme un être humain.
Un programme informatique ne possède ni expérience vécue, ni responsabilité personnelle, ni engagement émotionnel authentique.
Il peut proposer une formule polie, mais ne saisira pas toujours que derrière un simple « Tout va bien » se cachent parfois de l’anxiété, de la frustration ou de la peur.
Cette limite devient particulièrement évidente en situation de crise, lorsque les données sont insuffisantes, que les règles se contredisent et que les décisions dépendent des relations humaines.
Un algorithme proposera différentes solutions, mais c’est à une personne d’évaluer l’ambiance, les conséquences possibles et le niveau de confiance.
Les clients, les collègues et les partenaires souhaitent être écoutés non pas simplement par une interface, mais par quelqu’un capable de comprendre leur situation et d’assumer la responsabilité de ses décisions.
Trois compétences qui prennent de la valeur
La première est la communication complexe.
L’IA peut rédiger des excuses impeccables à un client mécontent, mais seul un être humain peut véritablement désamorcer un conflit, faire face à un ton agressif et ramener la discussion vers une coopération constructive.
La deuxième est le leadership adaptatif.
Un logiciel peut préparer un calendrier et produire un rapport, mais c’est au gestionnaire de percevoir la fatigue de son équipe, d’expliquer les changements et de soutenir les employés dont le travail est transformé par l’IA.
La troisième est la résolution créative des problèmes grâce à l’empathie.
Les produits qui connaissent du succès ne naissent pas uniquement de l’analyse de tableaux et de données. Ils commencent souvent par une question : « Que ressent cette personne et de quoi a-t-elle réellement besoin ? »
Les codes de communication au Canada
Pour de nombreux immigrants, les habitudes de communication en milieu professionnel nécessitent une adaptation.
Beaucoup d’entre nous ont appris que l’essentiel était la qualification et le résultat. Au Canada, les compétences relationnelles, ou soft skills, sont tout aussi importantes : il faut savoir évoluer dans une culture d’entreprise donnée.
Même les petites conversations sur la météo ou la fin de semaine ne sont pas de simples politesses sans importance. Elles constituent une façon naturelle et socialement acceptable d’établir un premier contact.
Au Canada, la rétroaction professionnelle est également souvent formulée avec délicatesse : on commence par un compliment, on formule ensuite une remarque constructive, puis on termine par des encouragements.
Une intelligence émotionnelle développée permet de saisir le véritable message, de ne pas se sentir offensé par la manière dont il est exprimé et de clarifier calmement les attentes.
Test : l’IA remplacera-t-elle votre emploi ?
- Votre travail exige-t-il de l’empathie ?
- Nécessite-t-il un jugement qui dépasse les procédures habituelles ?
- Repose-t-il sur l’établissement de relations de confiance ?
Plus vous répondez « oui », plus la dimension humaine est essentielle dans votre profession.
Comment démontrer votre intelligence émotionnelle à un employeur
Dans votre CV, décrivez non seulement vos fonctions, mais aussi les résultats humains de votre travail.
Pour une entrevue d’embauche, préparez des exemples selon la méthode STAR : Situation, Tâche, Action, Résultat.
Lorsqu’on vous demande comment vous gérez un désaccord avec votre supérieur, ne cherchez pas à vous présenter comme un héros. Montrez plutôt votre capacité à écouter, à défendre votre point de vue avec des arguments et à préserver de bonnes relations professionnelles.
Au quotidien, pratiquez l’écoute active : reformulez avec vos propres mots ce que votre interlocuteur vient de dire, reconnaissez ses émotions et posez une question pour mieux comprendre.
Et si vous rédigez un courriel sous le coup de la colère, laissez-le dans vos brouillons pendant au moins une heure.
L’intelligence émotionnelle n’est pas un talent inné réservé à quelques personnes privilégiées. Elle peut se développer chaque jour : en évitant d’interrompre les autres, en reconnaissant sa propre irritation, en demandant de la rétroaction et en distinguant les faits de ses premières réactions émotionnelles.
Plus nous apprenons à gérer consciemment nos émotions et nos réactions, plus nous gagnons en assurance dans nos interactions avec les autres.
L’avenir appartient aux professionnels hybrides : ceux qui confient les tâches routinières à l’IA et consacrent leur temps à la stratégie, à la créativité et aux relations humaines.
Il est probable que l’intelligence artificielle ne vous prenne pas directement votre emploi. Mais une personne qui sait utiliser l’IA tout en comprenant les autres pourrait bien le faire.
Larisa Sokolovskaya, Ph. D., professeure, médiatrice, coach en efficacité personnelle, profileuse certifiée, membre du conseil d’administration de la NAATGP.