Robert Hardman

L’idée de Trump sur le 51e État est mise en veilleuse : pourquoi le Canada n’est pas simplement le voisin des États-Unis

Par Anna Prikhodko

Le président américain Donald Trump a déclaré, dans une entrevue accordée au biographe royal Robert Hardman, qu’il n’avait pas l’intention de mettre en œuvre son idée, évoquée auparavant, de transformer le Canada en « 51e État » et qu’il renonçait de fait à tout scénario d’invasion. D’après un extrait du nouveau livre de Hardman publié cette semaine, Trump a reconnu que l’État canadien et son identité historique ne pouvaient pas être simplement « remodelés » durant la durée de son mandat. Ces révélations surviennent alors que se préparaient la visite d’État du roi Charles III et de la reine Camilla aux États-Unis à la fin d’avril.

Selon Hardman, la conversation a eu lieu à Mar-a-Lago en décembre 2025. Là, Trump, écrit l’auteur, aurait même évoqué sur un ton semi-plaisant une « guerre contre le Danemark » pour le Groenland. En réponse, Hardman lui a demandé de laisser aussi le Canada tranquille, en lui rappelant qu’il avait été un allié fidèle au fil de l’histoire et qu’une tentative de pression provoquerait le mécontentement du roi en tant que chef d’État du Canada. Après cela, Trump a demandé si les Canadiens reconnaissaient toujours le monarque, puis, en adoucissant nettement son ton, il a admis qu’avec le Canada, les choses ne seraient pas si simples.

Je l’avoue, cette nouvelle m’a personnellement soulagée. Même si certaines des déclarations antérieures de Trump relevaient de la bravade politique, la rhétorique sur l’absorption du Canada était inquiétante. Pour l’instant, la menace semble s’être quelque peu éloignée. Mais la politique américaine est bien trop imprévisible pour en tirer des conclusions définitives. Les Canadiens eux-mêmes le ressentent: selon Ipsos, 56 % estiment qu’une éventuelle invasion relève davantage du bluff, mais une part comparable demeure inquiète, et seulement 37 % sont convaincus que les Forces armées canadiennes pourraient défendre seules le pays.

Et pourtant, le Canada n’est pas la partie faible. Avec une population d’environ 41,5 millions d’habitants contre 341,8 millions aux États-Unis, le pays dispose d’une base de ressources colossale: ses réserves prouvées de pétrole sont estimées à 171 milliards de barils, le Canada concentre 20 % des réserves mondiales d’eau douce, environ 369 millions d’hectares de forêts, 62,2 millions d’hectares de terres agricoles, et en 2024 le pays a produit plus de 60 types de minéraux et de métaux. Si l’on considère ces chiffres par habitant, le Canada possède effectivement bien davantage de ressources.

C’est précisément pour cela que le Canada apparaît comme un morceau de choix aux yeux de son voisin du sud. Mais c’est aussi pour cela qu’il dispose de ses propres leviers d’influence. Le Canada demeure la principale source de pétrole importé pour les États-Unis: en 2024, les importations américaines de pétrole canadien se sont établies en moyenne à 4,1 millions de barils par jour, et presque toutes les exportations canadiennes de pétrole brut sont traditionnellement destinées au marché américain. Ce n’est pas un hasard non plus si l’excédent commercial du Canada avec les États-Unis pour les marchandises s’explique en grande partie par les livraisons de pétrole. Et cette semaine, le Brent est remonté à environ 98 dollars le baril après de fortes fluctuations provoquées par la crise autour du détroit d’Ormuz. Tout cela signifie qu’avec une diplomatie avisée et une gestion économique compétente, Ottawa est tout à fait capable non seulement de se défendre, mais aussi de défendre fermement ses intérêts. Et c’est peut-être là l’idée la plus importante aujourd’hui.

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