COMMENT TROUVER UN EMPLOI, POURQUOI C’EST VOUS QUI ÊTES LICENCIÉ ET COMMENT ÉVITER UNE SUPPRESSION DE POSTE
Les conseils des spécialistes en ressources humaines Anna Pisareva et Zarina Abdushkurova
Ces derniers mois, les nouvelles concernant les suppressions de postes sont devenues de plus en plus fréquentes — et elles ne touchent pas seulement les entreprises privées. La vague de réductions massives d’effectifs a également atteint les institutions gouvernementales, traditionnellement considérées comme un « havre de sécurité ».
Pour de nombreux résidents d’Ottawa et de Gatineau, il s’agit d’un signal inquiétant : eux aussi pourraient être touchés.
Que faire lorsqu’une restructuration se prépare? Comment conserver son emploi — ou en retrouver rapidement un nouveau si l’on fait malgré tout partie des personnes licenciées?
Nous en avons parlé avec deux spécialistes expérimentées des ressources humaines, Anna Pisareva et Zarina Abdushkurova, qui cumulent à elles deux plus de trente années d’expérience à aider les gens à construire leur carrière, à traverser une perte d’emploi et à retrouver le chemin de la réussite professionnelle.
« N’ATTENDEZ PAS QUE L’ORAGE ÉCLATE » : LES PREMIERS SIGNAUX
Les suppressions de postes arrivent rarement sans aucun signe avant-coureur.
« Si l’on cesse de vous inviter aux réunions, si vous êtes exclu des groupes de discussion professionnels ou si l’on vous demande de transmettre “temporairement” vos dossiers à un collègue, il y a déjà de quoi s’interroger », explique Anna.
Ces signaux précèdent souvent l’annonce officielle d’une restructuration. Les spécialistes recommandent donc de se préparer à l’avance :
• mettre de l’ordre dans son espace de travail et dans ses fichiers personnels sur l’ordinateur;
• mettre à jour son CV et son profil LinkedIn;
• reprendre contact avec d’anciens collègues et gestionnaires — ils pourraient devenir de précieux répondants professionnels.
LE JOUR DU LICENCIEMENT : COMMENT RÉAGIR AVEC PROFESSIONNALISME
Au Canada, un licenciement peut parfois sembler brusque et très formel : on vous convoque dans un bureau, on vous remet des documents et l’on peut ensuite vous accompagner vers la sortie.
« Ce n’est ni une insulte personnelle ni une punition. Il s’agit d’une procédure standard qui vise à protéger à la fois l’employé et l’entreprise contre un stress prolongé », explique Anna.
Première règle : ne signez aucun document immédiatement. Emportez le dossier chez vous, relisez-le calmement et, si possible, consultez un avocat spécialisé en droit du travail.
On vous accorde souvent environ une semaine pour retourner les documents signés.
Le dossier peut comprendre trois éléments principaux :
- Indemnité tenant lieu de préavis — compensation versée lorsque l’emploi prend fin sans préavis suffisant.
- Indemnité de départ — paiement supplémentaire pouvant s’appliquer selon l’ancienneté et les règles juridiques applicables.
- Paiement ex gratia — somme supplémentaire discrétionnaire accordée par l’employeur.
N’oubliez pas non plus de vous renseigner sur votre relevé d’emploi (RE), document officiel transmis à Service Canada et nécessaire pour présenter une demande d’assurance-emploi.
APRÈS LE LICENCIEMENT : NE VOUS PRÉCIPITEZ PAS, MAIS N’ATTENDEZ PAS TROP LONGTEMPS
« Accordez-vous un peu de temps pour reprendre votre souffle. Prendre une pause après une perte d’emploi n’est pas une faiblesse, mais une étape du rétablissement », explique Zarina.
Quelques semaines peuvent être consacrées au repos, aux promenades et aux rencontres avec des amis. En revanche, les spécialistes déconseillent de prolonger excessivement cette pause : une interruption trop longue peut diminuer la confiance en soi et la motivation.
Il est ensuite temps d’analyser son expérience professionnelle.
« J’appelle cela un audit de carrière, explique Zarina. Repensez à toutes vos réalisations, à vos points forts et à vos compétences. Posez-vous honnêtement la question : est-ce que je veux rester dans ce domaine? Peut-être est-ce justement le bon moment pour suivre une nouvelle formation ou changer d’orientation. »
COMMENT CHERCHER UN EMPLOI EFFICACEMENT?
De nombreux candidats commettent la même erreur : ils envoient exactement le même CV à des dizaines d’employeurs.
« Cela ne fonctionne pas. Chaque CV doit être adapté au poste visé », souligne Zarina.
Les spécialistes recommandent :
• d’adapter la formulation aux exigences de l’offre d’emploi sans déformer les faits;
• d’éviter les exagérations — les professionnels des RH repèrent rapidement les CV trop embellis;
• de garder un CV concis : une ou deux pages, une structure claire et peu d’éléments graphiques inutiles;
• d’utiliser activement LinkedIn : mettez votre profil à jour, indiquez que vous êtes « Open to Work » et mobilisez votre réseau professionnel.
Il ne faut pas non plus croire aveuglément au mythe du « trou noir des ATS », ces systèmes de suivi des candidatures dans lesquels les CV seraient supposément engloutis.
« En pratique, beaucoup de CV sont encore consultés par de vraies personnes. L’essentiel est d’utiliser les bons mots-clés et une structure logique et facile à lire », explique Zarina.
Il faut également préparer les entrevues à l’avance. Renseignez-vous sur l’entreprise, étudiez les exigences du poste et préparez des exemples concrets tirés de votre propre expérience.
Au Canada, les entrevues reposent souvent sur la méthode STAR — Situation, Tâche, Action, Résultat. Décrivez une situation précise, la tâche à accomplir, les mesures que vous avez prises et les résultats obtenus.
« Et surtout, ne dites jamais du mal de vos anciens employeurs. Pour un professionnel des RH, c’est un signal d’alarme », prévient Anna.
L’OFFRE D’EMPLOI : LA NÉGOCIATION EST TOUT À FAIT ACCEPTABLE
Si vous recevez une offre, réjouissez-vous — mais ne vous précipitez pas pour la signer.
Lisez attentivement toutes les conditions et comparez le salaire proposé avec les taux du marché.
« Il est tout à fait normal de demander 10 à 15 % de plus si vous possédez une solide expérience, explique Anna. L’important est de justifier sa demande plutôt que de simplement dire : “Je veux davantage.” »
Portez une attention particulière aux avantages sociaux. De nombreux employés ignorent même que leur régime peut couvrir les soins dentaires, les massages thérapeutiques, les services psychologiques et d’autres dépenses.
« Cela fait partie de votre rémunération globale. Informez-vous sur tout ce à quoi vous avez droit », conseille Anna.
COMMENT RÉDUIRE LE RISQUE D’ÊTRE TOUCHÉ PAR UNE SUPPRESSION DE POSTE
En période d’incertitude économique, il ne suffit pas de bien travailler : il faut également rendre sa contribution visible.
« Lorsqu’un gestionnaire réfléchit aux postes à conserver, il peut comparer les employés qui possèdent plusieurs compétences utiles à ceux qui sont très spécialisés. La personne la plus polyvalente peut avoir un avantage », explique Anna.
LES RECOMMANDATIONS DES EXPERTES
• Développez des compétences complémentaires — par exemple en analyse, en communication et en gestion des données.
• Participez à des projets internes et proposez de nouvelles idées.
• Améliorez vos compétences numériques — particulièrement dans les organismes gouvernementaux, où l’automatisation progresse rapidement.
• Investissez dans votre formation — cours, séminaires, formations professionnelles et certifications.
Et surtout, prenez vous-même en main la gestion de votre carrière.
« N’attendez pas que quelqu’un d’autre décide pour vous. Soyez le PDG de votre propre carrière », conclut Zarina.
Une suppression de poste n’est pas la fin. Elle peut devenir un point tournant, une occasion de revoir ses priorités et de faire un pas vers un meilleur emploi.
Beaucoup de personnes ayant vécu un licenciement disent quelque temps plus tard : « C’est la meilleure chose qui me soit arrivée. »
L’essentiel est de ne pas avoir peur du changement et de se rappeler qu’une porte qui se ferme peut aussi marquer le début d’un nouveau chemin.
Enregistrement vidéo de l’entrevue et coordonnées d’Anna et Zarina : nashaottawa.ca/hr
Zarina Abdushkurova, CPCC, MA, MSc, Coach for Professionals
Anna Pisareva, HR Business Partner