Egor Evsikov

Entre le passé et l’avenir
Autrice : Marina Kochetova

Dans la vie, nous avançons soit guidés par nos désirs, soit poussés par nos peurs. Nous allons vers quelque chose, ou nous fuyons quelque chose. Pour que les peurs prennent le dessus, il n’y a rien à faire — il suffit de vivre comme on vit et d’attendre que le destin nous trouve, tant dans la carrière que dans la vie personnelle. Mais le héros de mon récit d’aujourd’hui n’a jamais attendu que « le temps se fasse » ; en surmontant ses peurs, il a travaillé sur ses désirs. Le résultat — c’est l’esquisse que vous avez sous les yeux. J’ai l’honneur de vous présenter : Egor Evsikov.

Il est né dans une famille de chercheurs d’un institut international de recherches nucléaires à Doubna, dans la région de Moscou. Ses ancêtres, malgré des origines ouvrières et paysannes, sont devenus scientifiques après avoir terminé des établissements d’élite. Doubna, où s’est déroulée l’enfance d’Egor, était une ville privilégiée, dont les écoles soviétiques ordinaires accueillaient des étudiants des pays du bloc socialiste. Egor a grandi au milieu de personnes intéressantes et de livres. Dès l’enfance, il aimait lire — ce qui lui a valu le surnom de « rat de bibliothèque ». Il a relu toute la bibliothèque de romans d’aventure et s’est passionné pour le Moyen Âge — chevaliers, mousquetaires… En plus de la lecture, il aimait partir en randonnée : d’abord à la pêche avec son père, plus tard en kayak avec des amis. L’été, il rendait souvent visite à ses grands-parents dans l’Oural, dans la ville d’Ozyorsk, région de Tcheliabinsk.

Le père d’Egor, Igor Ivanovitch, diplômé de la prestigieuse MIPT (Institut de physique et de technologie de Moscou), faculté de chimie physique moléculaire, s’est rapidement reconverti au début des années 1990 dans la programmation, où il a connu un succès notable. Une mission de longue durée au Canada a conduit la famille à décider d’y immigrer, ce qui s’est produit en 1997. Egor avait alors seize ans. Il est entré en 11e année à Waterloo. En Russie, il n’aurait eu qu’une année avant la fin du lycée, mais ici il a dû en passer trois : pour être admis à l’université en sciences humaines, il fallait obtenir 75 % en anglais. Pour atteindre cet objectif, Egor a dû suivre l’anglais trois fois. Il s’est toujours laissé guider non par la peur, mais par le désir. Son souhait de lier sa vie à l’histoire, la géographie, la politique et les relations internationales a commencé à se former progressivement vers l’âge de douze ans. Quand on ne se contente pas de rêver, mais qu’on avance vers son rêve en posant les bons gestes, le rêve finit par devenir réalité. C’est exactement ce qui s’est produit dans la vie d’Egor. Après le lycée, il est devenu étudiant à l’université (Wilfrid Laurier University). Pendant ses études, il a décidé d’entrer dans l’armée. (L’armée canadienne est très différente de l’armée russe.) Décidé — fait.

Titulaire d’un Bachelor of Arts in Social Science (spécialité « histoire et science politique »), il a servi dans l’infanterie, ce qui impliquait notamment de nombreux exercices militaires. Ceux-ci ont inculqué à Egor une discipline stricte, l’aptitude au travail d’équipe et ont affiné son sens des responsabilités… il fallait aussi creuser des tranchées et manier des armes.

Quelques années plus tard, Egor a intégré une maîtrise dans une spécialité militaire — l’unique (!) programme de ce profil au Canada — au Collège militaire royal du Canada à Kingston, en Ontario (Royal Military College of Canada). Il a quitté Waterloo pour s’installer à Ottawa, plus près de Kingston, combinant ses études avec son travail pour l’armée canadienne, conscient que le pont entre le passé et l’avenir, c’est le présent — et c’est dans le présent qu’il vivait. Réalisant un vieux rêve, il a suivi en plus un cours à l’université Carleton à Ottawa (Russian and European Studies). En 2009, il a obtenu son diplôme de maîtrise (MA in War Studies). En 2011–2012, il a travaillé comme analyste à Naples, en Italie, puis, à son retour, il a enseigné à Kingston, en Ontario, dans une école de renseignement militaire.

En 2017, il a décidé de quitter l’armée pour consacrer davantage de temps à sa famille et essayer une profession civile. Et, une fois de plus, décidé — fait, car le désir l’emportait sur la peur ! Cette fois, Egor a été admis avec succès à la faculté de droit (University of Ottawa, School of Law). C’était un choix mûrement réfléchi : les sciences humaines développent non seulement des compétences analytiques, mais ouvrent aussi de nombreuses portes à ceux qui sont les plus déterminés. Après trois années d’études juridiques, il a effectué un stage de dix mois dans un cabinet, puis a passé l’examen de licence, très difficile à réussir. Egor y est parvenu aussi. Ainsi, ce spécialiste qualifié a obtenu un poste dans l’un des cabinets d’Ottawa, où il travaille à ce jour, établissant des parallèles entre le passé et l’avenir non seulement pour lui et ses proches, mais aussi pour ses clients, en les aidant à vivre dignement au présent.

En plus de son travail principal, il donne des cours d’échecs dans une école russe du samedi, jouissant d’un respect bien mérité de la part des enseignants et des élèves. Il aime toujours voyager. Mais son principal passe-temps reste l’histoire — son intérêt ne faiblit pas avec les années. De plus, Egor est l’auteur de plusieurs articles en anglais, publiés dans des revues canadiennes de vulgarisation scientifique. Il travaille actuellement sur un article consacré à l’histoire du Québec dans la première moitié du XIXe siècle. Mais Egor rêve aussi d’écrire et de publier un livre ! Il ne fait pas que rêver : il rassemble des matériaux, autrement dit, il entreprend des démarches concrètes pour réaliser son prochain rêve. Et je suis absolument certaine que, dans un avenir prévisible, un livre dont Egor Evsikov sera l’auteur verra non seulement le jour, mais trouvera aussi ses lecteurs. Je souhaite à chacun de suivre l’exemple d’Egor et de ne pas renoncer à son rêve, car les désirs les plus profonds (et non les caprices passagers) font partie du karma.

Essai tiré du recueil de l’autrice Fleurs au bord de la route.