Latines et standard
Par Marina Kochetova
Du 26 au 30 août, la salle de conférences de l’hôtel Hilton, au Casino du Lac-Leamy à Gatineau, accueillera le Championnat canadien de danse sportive dans différentes catégories d’âge. Comme le veut la tradition, cet événement annuel s’y déroule à la fin de l’été.
Cette année, parallèlement au championnat du Canada, se tiendra également le Championnat du monde professionnel, auquel participeront des duos venus de différents pays. Ainsi, même les plus jeunes concurrents du tournoi national auront la chance de voir de leurs propres yeux les meilleurs danseurs de la planète dans toute leur splendeur. Comme le dit le proverbe, mieux vaut voir une fois qu’entendre cent fois.
Ces deux grands événements sportifs et culturels réunis en un seul susciteront sans aucun doute l’intérêt d’un vaste public. Il est encore possible d’acheter des billets en ligne. En revanche, juste avant le début de chaque journée de compétition, il sera pratiquement impossible de s’en procurer. Alors, dépêchez-vous!
Le programme international de danse sportive comprend aussi bien les danses classiques, regroupées sous le nom de « standard » — valse lente, valse viennoise, tango, foxtrot et quickstep — que les danses latino-américaines : rumba, samba, paso doble, jive et cha-cha-cha. La liste de ces danses de couple demeure toujours la même, mais les exigences relatives à la qualité technique augmentent naturellement à chaque niveau.
La victoire la plus prestigieuse est celle du combiné dix danses, où les couples se présentent sur la piste dans les dix disciplines des deux programmes. Remporter cette épreuve revient à gagner le concours général en gymnastique artistique ou rythmique.
La gymnastique, sport à la frontière de l’art, comporte également des championnats par appareil : barres asymétriques, poutre, sol et saut en gymnastique artistique, ou ruban, corde, ballon, massues et cerceau en gymnastique rythmique. Une athlète peut perdre le concours général tout en devenant championne du monde au saut, par exemple, ou dans un exercice au cerceau.
Il en va de même pour la danse. Un couple peut même choisir de ne pas participer au combiné et se consacrer uniquement aux latines ou au standard, tout en remportant un titre mondial dans une danse particulière. Des juges qualifiés attribuent des notes aux participants officiellement inscrits en évaluant leur technique, leur sens du rythme, leur position au sein du couple, leur respect de la ligne de danse et leur talent artistique.
Mais la dimension technique ne représente que des faits et des statistiques. Comment pourrait-on contempler la danse — et plus encore danser soi-même — sans s’y investir émotionnellement? En règle générale, plus un couple transmet habilement ses émotions aux juges et au public, plus il peut espérer obtenir un bon classement. Cela doit évidemment s’accompagner d’une exécution irréprochable des éléments obligatoires, comme en gymnastique ou en patinage artistique.
Les danses latino-américaines se distinguent tout particulièrement par leurs mouvements expressifs et sensuels, empreints de passion et d’amour. Le cha-cha-cha cubain, par exemple, est aujourd’hui considéré comme l’un des emblèmes de la musique populaire latino-américaine. Presque n’importe quel arrangement peut s’adapter à son rythme, ce qui ouvre des possibilités créatives presque infinies.
Le paso doble, dont le nom signifie « double pas » en espagnol, est si entraînant que, dès que sa musique retentit, le public bondit littéralement de son siège, incapable de rester immobile. Cette danse évoque en effet la corrida espagnole. C’est pourquoi l’intensité dramatique et la rigueur géométrique des lignes y jouent un rôle essentiel : sans elles, il serait impossible d’incarner le torero.
La samba est la danse brésilienne de la vie, de la fête et du bonheur. Elle a acquis une renommée et une popularité mondiales grâce aux incomparables carnavals du Brésil. Cette danse exige un mouvement très particulier des hanches, assez difficile à maîtriser.
Dans le programme standard, le foxtrot lent — dont le nom anglais évoque le « pas du renard » — est considéré comme la danse la plus difficile et le sommet de la maîtrise. Il exige un équilibre parfait, un glissement continu, une coordination extrêmement complexe ainsi qu’un contrôle absolu du haut du corps, malgré une vitesse de déplacement relativement faible.
Dans la valse lente, il est également essentiel de maintenir un contrôle rigoureux du corps; autrement, la moindre erreur devient immédiatement visible et nuit à l’impression générale. La difficulté de la valse viennoise consiste à conserver son orientation dans l’espace et son équilibre malgré les rotations rapides effectuées dans une même direction. Le quickstep, ou « pas rapide », exige quant à lui de l’endurance, de la légèreté et de l’élasticité.
Apprendre à bien danser n’est pas à la portée de tout le monde. Il faut au minimum de la persévérance et un entraînement régulier. Les répétitions doivent se dérouler avec un ou une partenaire, puisque la danse sportive de salon ne comporte pas de programme en solo.
Hélas, il n’est pas si simple de trouver des partenaires compatibles, de former un couple et de lui apprendre à danser avec maîtrise. Lorsqu’un duo est capable de défendre les couleurs de son studio lors de compétitions nationales, il s’agit déjà d’une grande réussite. Derrière ce succès se trouvent non seulement le travail des danseurs, mais également celui de leurs professeurs et, dans une mesure tout aussi importante, le dévouement de leurs parents.
Je connais à Ottawa de nombreux enfants qui pratiquent la danse de compétition depuis des années. Prenons l’exemple de la famille Karunas, dont les trois enfants ont consacré beaucoup de temps à la danse sportive.
L’aînée, Ulyana, s’entraînait dans un groupe de filles, faute d’avoir trouvé un partenaire qui lui convenait. Elle continue toutefois d’aider à l’accompagnement musical et s’occupe de la musique du programme pendant les compétitions organisées par son studio.
Le cadet, Andrei, a dansé pendant plusieurs années avec une charmante partenaire avant de préférer finalement se consacrer au sport.
La benjamine, Elina, qui fête justement ses onze ans ce mois-ci, est inscrite avec son élégant partenaire au championnat canadien de cette année.
On peut construire sa vie de différentes manières : à force de travail, de sueur et d’ampoules, ou en s’appuyant sur l’expérience des autres tout en continuant à penser par soi-même. La seconde voie me paraît infiniment plus agréable et plus efficace. En suivant les traces de son frère et de sa sœur, la plus jeune apprend de leur expérience et en retient le meilleur.
Il est cependant impossible de surestimer le rôle des parents qui se consacrent avec constance et abnégation à leur famille. Je tiens donc à exprimer ma profonde reconnaissance à Nadezhda Karunas, la mère de ces adorables enfants. Sans sa participation active et avisée, leur vie ne serait certainement pas aussi riche en événements passionnants et en projets prometteurs.
Les spécialistes de l’éducation de la jeune génération du XXIᵉ siècle s’accordent de plus en plus à dire qu’il ne faut pas simplement « façonner » les enfants et les adolescents d’aujourd’hui. Il faut plutôt les accompagner consciemment dans leur croissance en créant des conditions favorables à leur développement. C’est nous-mêmes que nous devons éduquer et discipliner.
Inscrire ses enfants à la danse à Ottawa coûte cher. Le seul avantage est que la plupart des studios locaux appartiennent à des propriétaires russophones et qu’un grand nombre de membres de la communauté russophone y enseignent et y dansent. Mais les prix sont en dollars, pas en roubles.
Il faut payer non seulement les cours, mais aussi les frais de participation aux compétitions, les costumes, les coiffures, les déplacements, les hôtels et bien d’autres choses encore. Les enfants qui pratiquent le hockey sur glace de compétition coûtent encore plus cher à leurs parents. Tout le monde sait bien que rien n’est véritablement gratuit.
Mais quel bonheur d’observer les progrès de ces oisillons qui déploient leurs ailes et deviennent peu à peu de grands oiseaux forts et magnifiques! S’ils ne deviennent pas champions de danse, ils deviendront certainement des personnes élégantes et sûres d’elles, conscientes que la vie n’est pas faite uniquement de douceurs et de réjouissances, mais aussi d’épreuves et de leçons parfois difficiles.
En plus de la confiance en soi, la danse apporte une belle posture, une démarche élégante, la douceur des gestes, la grâce des mouvements et la capacité de maîtriser son corps. Parallèlement à la souplesse et à la musicalité, elle forge également le caractère.
Imaginez un instant le spectacle éblouissant de calibre mondial auquel vous pourriez assister en venant admirer la fascinante diversité des couples lors des prochains championnats, tout près de chez vous! Des costumes étincelants, une musique magnifique et les meilleurs danseurs vous attendent. Ceux-ci se lanceront dans un marathon vertigineux pour vous offrir un plaisir tout aussi grisant!
Savez-vous déjà ce que vous préférez : le standard ou les latines?