Retour à soi : le retour du sens

« Être ou ne pas être » — cette phrase immortelle du grand Shakespeare, chacun l’interprète à sa manière. Selon les philosophes, lorsque le sens n’est pas clair, il est logique de revenir à l’intention première.

Les spectateurs qui souhaiteront devenir les témoins directs d’un miracle se déroulant sous leurs yeux auront l’occasion de réfléchir à cette question au CNA les 25 et 26 février 2026.

En connaisseuse et grande admiratrice de l’art du ballet, après avoir vu ce spectacle à Montréal, je peux garantir un véritable royaume de magie absolue pendant cette adaptation chorégraphique de Hamlet, inspirée de la tragédie éponyme de Shakespeare et mise en musique par John Gzowski.

Le spectacle est présenté sans entracte et dure exactement cent minutes. Cent heures passeront après la représentation, puis cent jours encore, mais les spectateurs qui aiment réfléchir continueront à chercher des réponses à l’éternelle question de l’existence.

Le théâtre est un lieu magique. En s’adressant depuis la scène au monde spirituel de l’être humain, il est destiné à laisser une empreinte dans le cœur des spectateurs. Plus l’équipe de créateurs et d’interprètes d’un spectacle est professionnelle et harmonieuse, plus cette empreinte est profonde — surtout lorsqu’il s’agit d’une production de ballet.

Des mouvements gracieux, polis jusqu’à la perfection, des phrases chorégraphiques techniquement pensées et une maîtrise éloquente de la pantomime s’entrelacent harmonieusement dans l’art du ballet, « le plus MORAL de tous les arts », comme le considérait Piotr Ilitch Tchaïkovski.

Le ballet classique et la chorégraphie contemporaine sont deux opposés. Après avoir vu plusieurs centaines de spectacles de ballet, j’ai toujours accordé une préférence absolue au classique. Pourtant, cette mise en scène avant-gardiste de Hamlet est le spectacle de danse contemporaine le plus éclatant et le plus profond qu’il m’ait été donné de voir.

L’auteur de la chorégraphie et interprète du rôle de Hamlet est Guillaume Côté, célèbre danseur étoile du Ballet national du Canada, artiste franco-canadien qui, depuis plusieurs saisons, développe également son talent de chorégraphe.

Sa silhouette élégante, son maintien et sa musicalité lui confèrent une grande noblesse. Mais ce qui l’élève encore davantage est son don de créateur chorégraphique — un talent que tous les danseurs ne possèdent pas.

Les trouvailles chorégraphiques originales de Guillaume Côté sont impossibles à ne pas remarquer, même pour un spectateur peu familier avec le ballet.

Dans Hamlet, il n’y a ni pointes ni fouettés vertigineux. Il y a surtout, comme plaisantent les gens du ballet, « beaucoup de roulades au sol ».

Le solo de Hamlet avec l’épée est particulièrement spectaculaire. Dans ce spectacle, l’épée, comme les autres accessoires scéniques, possède une forte valeur symbolique et produit un impact extrêmement puissant sur le public. La maîtrise virtuose de l’arme suppose manifestement une collaboration étroite avec des spécialistes professionnels de l’escrime.

Dans une autre scène, des rubans blancs et écarlates, contrastant fortement et fixés de manière originale aux épées, semblent transporter les spectateurs pendant quelques minutes dans l’univers de la gymnastique rythmique.

Les miroirs présents sur scène, mais invisibles pour le public, semblent emprunter certains procédés au monde du cirque.

L’utilisation intelligente et très inhabituelle de masques symboliques suscite un véritable émerveillement.

Personnellement, j’ai été profondément impressionnée par la scène avec Ophélie, sur fond d’un immense rideau bleu évoquant un abîme. De l’autre côté de ce rideau se trouvent ses partenaires, qui exécutent avec elle des portés complexes tout en restant entièrement invisibles aux yeux du public !

Cette synthèse de plusieurs formes artistiques réunies dans un même spectacle porte pourtant toujours le nom de ballet.

Malgré l’absence de musique jouée en direct, la production laisse une impression inoubliable et une empreinte profonde dans l’âme des spectateurs.

Le mérite en revient largement au chorégraphe et aux interprètes. Mais ce qui transforme véritablement le spectacle en chef-d’œuvre, c’est sa scénographie irréprochable — décors, costumes, maquillage, masques, éclairages, son, vidéo et accessoires — ainsi que son créateur, l’artiste québécois de renommée internationale Robert Lepage.

Pendant plusieurs années, Robert Lepage a dirigé le Théâtre français du Centre national des Arts à Ottawa. Au milieu des années 1990, il a fondé sa propre compagnie de production multidisciplinaire, puis, quelque temps plus tard, un centre de création interdisciplinaire.

Metteur en scène de plusieurs productions du Cirque du Soleil, créateur de nombreuses expositions, réalisateur et directeur artistique de nombreux concerts rock et spectacles dramatiques, il a également apporté une contribution importante à l’art cinématographique.

Le génial Robert Lepage s’est également tourné vers l’opéra. Par exemple, sa mise en scène de L’Or du Rhin a remporté un immense succès au Metropolitan Opera de New York.

Une telle polyvalence chez une personnalité artistique aussi douée force véritablement l’admiration.

L’entrée triomphale de Lepage dans le monde du ballet est liée à sa collaboration fructueuse avec Guillaume Côté.

Robert Lepage est l’un des plus grands metteurs en scène de théâtre de notre époque. Grâce aux nouvelles technologies, il repousse constamment les limites de la représentation théâtrale — transformant le conte en réalité et rendant possible ce qui semblait impossible.

Même ceux qui connaissent peu le ballet ne pourront rester indifférents devant un spectacle auquel Robert Lepage a apporté sa vision.

Ne manquez pas ce chef-d’œuvre !

Entrez dans cet univers magique — et offrez-vous au moins 100 minutes d’émotions extraordinaires.

Marina Kochetova