BRIOCHE AUX RAISINS
Moelleuse et dorée, aux flancs bien roussis, gardant encore la chaleur du four.
Tu la serres entre tes deux paumes et l’examines avidement sous toutes les coutures.
Un seul objectif : trouver l’endroit idéal pour la première bouchée.
Celui où, sous la croûte dorée et brillante, apparaît la petite tache sombre et tentante d’un grain de raisin rond et fripé.
Une inspiration.
Une grande bouchée d’enfant, prise avec deux rangées de petites dents pointues.
Les dents font céder la coupole sucrée et croustillante, s’enfoncent dans la pâte moelleuse et élastique, puis tranchent un grain de raisin juteux, gonflé par la chaleur de la brioche.
Un bouquet intensément sucré et épicé d’été gorgé de soleil explose dans la bouche.
Puis commence la chasse.
Chaque bouchée suivante est soigneusement calculée : il faut manger la pâte de manière à conserver des raisins jusqu’à la toute fin.
La plus grande tragédie, c’est un flanc de brioche vide, où le boulanger a « économisé » les raisins.
Les meilleures brioches, c’était grand-mère qui les préparait.
Elle soupirait devant notre insistance et ajoutait encore de généreuses poignées de raisins trempés dans le pétrin, tout en répétant d’un ton grognon :
« Si vous en mettez trop, vous gâcherez la brioche. Vous en perdrez le goût si les raisins cessent d’être une fête. »
Lorsque les brioches de grand-mère ont disparu, la chasse s’est déplacée près de la boulangerie.
Le plus important était de guetter la camionnette grise, au moment où l’on ouvrait ses portes pour en décharger, sur des plateaux en bois, des pains luisants et des brioches.
Il fallait saisir une brioche brûlante, à s’en brûler les doigts, acheter aussitôt une glace au lait à dix kopecks dans le kiosque voisin—et les déguster ensemble, en mordant tantôt dans l’une, tantôt dans l’autre.
La mie brûlante et le lait glacé.
Et que quelqu’un ose comparer cela aux viennoiseries molles et cotonneuses du supermarché.
Enfermées dans un sachet de cellophane.
Avec des grappes de raisin dessinées sur l’emballage.
Et cet aveu honnête sur l’étiquette :
« Arôme identique au naturel. »
G Un, 2026