Mikhail RykovBeauty Sets the Rhythm of the Heart By Marina Kochetova  We have all heard that beauty will save the world. In a certain sense, that is true. But the phrase “beauty sets the rhythm of the heart,” which I liked so much, does not aspire to a place on a universal pedestal, yet it very accurately conveys the energy of its author — the person this article is about.  In the brief annotation to the poetry almanacs of Ottawa’s creative literary club (TOLK), of which he is a member, he is described as f

La beauté dicte au cœur ses rythmes
Par Marina Kochetova

Nous avons tous entendu dire que la beauté sauvera le monde. Dans un certain sens, c’est vrai. Mais la phrase « la beauté dicte au cœur ses rythmes », qui m’a tant plu, ne prétend pas à une place sur un piédestal universel, mais elle transmet avec une grande justesse l’énergie de son auteur — l’homme dont il sera question ici.

Dans la brève annotation des almanachs poétiques du club littéraire créatif d’Ottawa (TOLK), dont il est membre, on lit : « Informaticien, musicien, traducteur. » Une combinaison peu ordinaire. Que cache-t-elle donc ?

Dans son enfance, Micha Rykov aimait beaucoup lire des pièces de théâtre. Dès l’école, il participa activement à diverses activités artistiques : réciter sur scène, chanter en s’accompagnant lui-même, accompagner d’autres interprètes. Parallèlement à l’école générale, il étudiait aussi dans une école de musique, en classe de guitare classique. Tout cela se passait à Minsk, où il est né et a grandi. Enfant, il rêvait de devenir artiste. Pourtant, après l’école, il n’entra pas dans un institut de théâtre, mais à l’Institut de radiotechnique, à la faculté alors très en vogue des systèmes automatisés de gestion. Néanmoins, tout en étudiant pour devenir ingénieur, durant ses années d’études il fut non seulement un membre ordinaire de l’orchestre d’instruments populaires de l’institut, mais aussi son responsable, en plus d’être acteur au théâtre étudiant. Il accompagnait également des chanteurs au club étudiant.

Devenu ingénieur diplômé, il travailla dans un bureau d’études à Minsk. C’est à cette époque, aujourd’hui lointaine, qu’est né le duo créatif de M. Rykov (guitare) et Vlada Shametskaya (violon), qui, par la volonté du destin, s’est déplacé à Ottawa et existe encore aujourd’hui — le duo Cantabile, apprécié et populaire auprès du public russophone de la capitale canadienne.

Micha est arrivé à Ottawa depuis Minsk en 2001. Bien qu’il ait étudié l’anglais à l’école et à l’institut dans sa ville natale, une fois plongé dans un milieu anglophone, le jeune homme comprit qu’il ne comprenait presque rien, et que les Canadiens, eux non plus, ne le comprenaient guère. Trois années furent consacrées à l’apprentissage de l’anglais, ce qui lui demanda beaucoup de temps et d’énergie. Mais il n’oublia pas pour autant la création. Livré à lui-même, l’obstiné Micha continua à jouer de la guitare et à interpréter des chansons de Boris Grebenchtchikov, Vladimir Vyssotski, Boulat Okoudjava… chanter pour son âme, pour lui-même, pour ses amis, en prenant plaisir au processus et en se sentant heureux malgré de nombreuses difficultés.

Le temps passait… L’anglais de Micha s’améliorait à vue d’œil. Son vocabulaire devint suffisant pour suivre, pour son plaisir, le cours « Poésie canadienne. Forme longue » à l’Université d’Ottawa.

Puis il trouva un emploi dans sa spécialité et obtint un poste d’ingénieur système à la municipalité. Mais peut-on enfermer une personnalité créative dans le régime d’une semaine de travail de cinq jours, de neuf heures à dix-sept heures ? Sur son lieu de travail, Micha a une guitare. Et à l’heure du déjeuner, tandis que ses collègues canadiens se pressent d’aller manger un hamburger, leur collègue russophone préfère répéter plutôt que manger. C’est pour lui une sorte de séance de relaxation et aussi une manière de profiter au maximum de chaque occasion de se perfectionner.

Sa Majesté le Hasard joue sans aucun doute un grand rôle dans le destin de Micha. Un jour, un ami lui demanda de traduire l’une des chansons du grand favori canadien Leonard Cohen. La demande parut déplacée à Micha. Pourtant, l’ami ne céda pas et insista. Que ne ferait-on pas pour un ami ? Micha osa donc essayer. Il est un grand admirateur de l’œuvre de Cohen. Mais une chose est de savourer les œuvres de son idole, une autre est de les traduire. Micha se mit à réfléchir… Et c’est alors qu’un intense processus de réévaluation des valeurs de la vie commença. Micha absorbait avidement de nouvelles connaissances, lisant avec attention la Bible, des livres sur l’art de la traduction, suivant des cours et des séminaires de linguistique à l’Université d’Ottawa. Il commença à regarder les choses autrement, à voir ce qui se passait sous un angle nouveau… Il suffit simplement de commencer.

Selon Micha, on l’a presque forcé à se lancer dans la traduction, tout comme dans l’écriture. Mais dès que l’on essaie, il devient impossible de s’arrêter. On en devient dépendant, comme un toxicomane. Il faut sans cesse se nourrir. De neuf à cinq, on travaille au bureau devant un ordinateur, et tout le reste du temps est consacré à l’étude de l’héritage culturel mondial : concerts de musique classique et populaire, expositions, participation à de nombreux événements de la vie sociale d’Ottawa, comme spectateur autant que comme interprète. Il est souvent invité à des concerts en appartement et, à deux reprises, il a donné des concerts en solo de chansons de Leonard Cohen — au Petit Théâtre d’Ottawa et dans la salle de concert de l’hôtel de ville de Gatineau. Il est tout simplement impossible d’imaginer un événement de la communauté biélorusse sans lui.

Depuis longtemps déjà, Micha ne traduit pas seulement Leonard Cohen. Travailler avec un auteur vivant est deux fois plus intéressant. En Russie, en 2019, a paru un livre de sonnets verbaux de S. Mayne, poète canadien et professeur de littérature à l’Université d’Ottawa, dans la traduction de M. Rykov. Sa présentation a eu lieu dans le bâtiment principal de Bibliothèque et Archives Canada. Depuis quelque temps, il s’est aussi passionné pour la traduction en russe des œuvres poétiques de la célèbre écrivaine et poétesse canadienne Margaret Atwood. Quant aux poèmes de son ami Youras Chametski, traduits du biélorusse, il considère cela comme presque un devoir. Et ses projets créatifs sont sans fin. Avec une immense gratitude, M. Rykov parle de son professeur d’anglais Jerry Holland, qu’il considère comme son principal maître. Cet homme enseigne la langue à travers la musique. À en juger par le fait que son élève M. Rykov a non seulement maîtrisé l’anglais, mais s’est élevé jusqu’au niveau d’un traducteur publié, il enseigne très bien.

« Comment cela ?! » s’indigneront certains lecteurs. « Traduire quelque chose de sérieux sans être traducteur professionnel ? » Ne vous hâtez pas de conclure, mesdames et messieurs. Mieux vaut vous rappeler combien d’acteurs remarquables sont issus de l’amateurisme artistique, et tirer votre chapeau devant une personnalité créative qui ose conquérir les sommets de la traduction. Chantons les louanges de l’audace des courageux !

En accomplissant le mystère de la traduction, Micha se laisse guider par les sensations. Il ne traduit ni les mots ni les phrases. Sa traduction n’est ni littérale ni même simplement sémantique. C’est une traduction des sensations. Mais la forme exige que ces sensations soient revêtues de certains rythmes, rimes et phrases. Seule une personne raffinée est capable d’un tel miracle. « L’essentiel, c’est d’être dans le sujet », répond modestement Micha lorsqu’on lui demande les secrets de sa traduction, qu’il partage généreusement avec les membres du club canadien interprovincial des traducteurs, dont il ne manque jamais les réunions virtuelles malgré son emploi du temps chargé.

Le bonheur peut être différent — immense ou minuscule. Et parfois, ce qui paraît insignifiant a plus de valeur et compte davantage. Nous percevons les événements de la vie selon leur intensité. La succession des jours ordinaires se fond en un courant gris de l’existence où tout devient impersonnel. Une somme d’événements n’est pas nécessaire au bonheur. Ce qui compte, c’est le caractère inoubliable du moment, la plénitude des sensations. Et Micha, comme il l’avoue lui-même, vit de sensations et a appris à se réjouir des petites choses. À mes yeux, il est un spécialiste de la mobilisation des ressources intérieures. Depuis plusieurs années déjà, Micha ne se contente pas de traduire : il écrit aussi de temps à autre. Ses poèmes ne sont pas une prétention au « moi » poétique, mais la mémoire vivante des moments émotionnels de la vie et un moyen d’expression personnelle. Il ne se considère pas comme poète :

« J’écris dans un tas de cendre, dans la poussière,
Je ne peux pas torturer l’ouïe des poètes. »

Qualifiant avec autodérision ses pensées de carrées, plates et aigres, il affirme pourtant : « Mon cœur ne se lassera pas de battre… »

Et Dieu veuille que son cœur ne se lasse jamais de battre. Et que la beauté continue à lui dicter ses rythmes.

 

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