Запрет на красный

Interdire le virage à droite au feu rouge : solution ou nouveau problème ?
 

La sécurité des piétons est véritablement la valeur la plus importante dans l’espace urbain. La mort d’une femme de 27 ans à l’intersection d’Elgin Street et de Laurier Avenue à Ottawa, en juillet 2025, n’est pas une statistique : c’est une tragédie qui met en lumière la vulnérabilité réelle des personnes dans les rues de la ville. On comprend donc pourquoi, après de tels événements, des appels à des mesures radicales se font entendre, allant jusqu’à l’interdiction totale de tourner à droite au feu rouge au centre-ville.

Mais les systèmes urbains sont plus complexes qu’ils n’en ont l’air. Modifier des règles de circulation familières, c’est toujours intervenir dans un schéma comportemental bien installé chez des milliers de conducteurs à la fois. Et c’est là que se cache un risque sérieux : l’adaptation aux nouvelles règles se fait progressivement, de manière inégale et pas toujours prévisible.

Les spécialistes municipaux d’Ottawa soulignent un effet paradoxal d’une telle interdiction. Certes, elle élimine le conflit entre un conducteur et un piéton à un passage pour piétons. Mais lorsque le feu passe au vert, les conducteurs commencent à tourner plus intensément — et c’est précisément à ce moment-là que le danger peut apparaître pour les piétons et les cyclistes au passage adjacent. Le problème ne disparaît pas : il se déplace.

La situation est particulièrement préoccupante en présence de pistes cyclables. L’interdiction peut provoquer une hausse des « pièges par la droite » : les cyclistes vont tout droit, les conducteurs tournent à droite au vert et coupent leur trajectoire dans l’angle mort. Ce n’est pas une théorie, mais un risque relevé par les analystes de la Ville.

Enfin, les interdictions ne fonctionnent que si elles sont respectées. Aux intersections peu fréquentées, les conducteurs ont tendance à ignorer les restrictions — et l’infraction se produit alors précisément là où personne n’attend le danger.

Le désir de protéger les gens est louable. Mais les bonnes intentions exigent des outils précis.